Journal Allaitant n° 12 Bourgogne-Franche-Comté

Pour être sûr de recevoir tous nos emails, ajoutez-nous à votre carnet d'adresses.
Si ce mail ne s'affiche pas correctement, suivez ce lien.

Février 2025 - N° 12

JOURNAL ALLAITANT

Quelles alternatives à la paille de litière ?

 
 
 
 
 
 
 
​​​​​​​

 

Témoignage de Didier TOUILLON Éleveur à Palinges en Saône-et-Loire (71)

 

270 ha dont 80 ha en cultures.

Élevage de bovins charolais.

165 à 170 vêlages par an.

©Agri71/Marc Labille

 

UTILISATION DE LA LITIÈRE MINÉ​​RALE À BASE DE DOLLIT

 

La Dollit ou Dolomie peut servir d’amendement ou de litière. Dans un contexte économique tendu et face à la disponibilité incertaine de la paille, ce produit est devenu prisé de certains éleveurs.


Comment avez-vous connu la Dollit ?


« Je suis adhérent à la coopérative SICAREV. C’est un autre adhérent qui m’a parlé, il y a environ 5 ans, des avantages de la Dollit. J'ai voulu tester le produit, notamment parce que nos sols ici sont très acides et que le taux de magnésie de mes terres en culture s'érodait. »


Quels avantages avez-vous constatés à son utilisation ?


« Plusieurs. Le premier bénéfice, c'est le gain de temps global. J'utilise la Dollit en litière, à la place ou en sous-couche de la paille. Une fois ramassée, elle se trouve mélangée au fumier, qui va ensuite servir à l'épandage en prairie. C'est un gain en temps de travail, car j'apporte aux sols le calcium, le magnésium et les nutriments qui leur sont nécessaires en ne faisant qu'un seul épandage. 
Le2ᵉe avantage est le coût car la Dollit est moins onéreuse que les autres produits. Depuis peu, j'ai d'ailleurs décidé d'étendre son utilisation aux cultures. Le rapport qualité prix est avantageux et double puisque le produit permet de faire des économies sur la litière et sur la nutrition des sols. 
J'ai constaté d'autres bénéfices comme la qualité d'assimilation de la Dollit par les végétaux grâce à ses propriétés de solubilité naturelle. Mon ressenti est que les animaux tolèrent très bien la Dollit, l'ambiance est bonne et sans poussière. »


Comment utilisez-vous la Dollit au quotidien ?


« Je fais livrer 4 camions, soit environ 120 tonnes, chaque année, en été, lorsque le travail au champ baisse et que le produit peut sécher plus vite. Je la répartis partout sur les aires paillées, en sous couche, tout au long de l'année, même en hiver. C'est ce qui donne le meilleur résultat, à mon avis. Il m'arrive aussi, plus rarement, de la mettre juste avant un curage. Elle est ensuite mélangée au fumier et épandue aux champs. La régularité de son usage garantit les apports utiles en magnésium et calcium pour mes sols. Aujourd'hui, le produit Dollit présente un double intérêt et est pertinent aussi bien techniquement qu'économiquement. »

 

Témoignage de Vincent PICARD

de l'EARL PICARD

à Asquins (89)

 

Vincent PICARD est polyculteur éleveur avec son épouse Charlotte, à Asquins dans l’Yonne sur une surface d’un peu plus de 300 ha dont environ 150 ha de surfaces en herbe et élève un troupeau de 100 vaches charolaises en vêlages d’hiver (de décembre à mars) avec ventes des mâles en broutards, de quelques femelles en broutardes et finition des vaches.

UTILISATION DE LA LITIÈRE ORGANIQUE À BASE DE COPEAUX DE BOIS

 

« J’ai suffisamment de cultures de céréales pour utiliser la paille en litière, mais mon objectif est de me faciliter le travail, d’avoir des animaux toujours au sec et d’apporter plus de matière organique et de carbone au sol. La litière plaquette me permet d’entretenir la surface : je taille les haies, je coupe les arbres et je les valorise. Je ne regarde plus mes haies de la même façon qu’avant. »

 

« J’utilise les copeaux de bois depuis 4 ans maintenant. La première fois que j’ai essayé, j’ai testé sur une demi-case de vaches à partir de copeaux d’élagage assez fin (<30 mm). Les vaches se couchaient préférentiellement sur les copeaux. J’ai donc renouvelé l’expérience et depuis j’en suis très satisfait. 

Les copeaux absorbent plus de jus, aèrent mieux la litière et le produit reste sec au moment du curage. Il ne colle pas au sol ni au mur, ce qui facilite le curage. Les animaux sont plus propres qu’avec de la paille et je n’ai plus de problèmes de nombril.

Chaque année, je fais venir un entrepreneur, la SARL LAUGELOT, qui réalise l’élagage et le broyage sous forme de copeaux de bois de 35 mm. Ce sont essentiellement des bois blancs de bords de rivière (verne, peupliers, saules) et de haies (charmilles ou acacias). Parfois cela peut être du chêne ou du châtaignier, mais en faible proportion pour éviter d’avoir trop de tanins. La machine peut broyer des troncs jusqu’à 1 mètre de diamètre.
En une journée, grâce au débit important des machines, je stocke 600 à 800 m3 de copeaux sous un hangar qui servait auparavant au stockage de paille. 

Le coût est de 5 €/m3 pour le broyage. À cela s’ajoute les frais de transport du lieu de broyage au hangar de stockage. Comme pour un chantier d’ensilage, il faut plusieurs bennes pour la rotation. Le tas de bois va chauffer jusqu’à se stabiliser au bout de quatre mois. J’attends que le tas ne fume plus avant de l’utiliser. J’ai donc toujours du stock d’avance, car la coupe et le broyage ne peuvent pas être réalisés avant mi-août et j’ai des copeaux toujours secs en début d’hiver.

En début d’hiver, mi-novembre, je commence par étaler au godet une couche de 10 cm de copeaux. Puis, 15 jours après, une nouvelle couche de 10 cm. Mi-décembre, je passe à la paille pendant une dizaine de jours puis pour les fêtes, je remets 10 cm de copeaux pour économiser le temps de paillage durant 10 jours. Puis je repasse à la paille et alterne entre les 2.
Si le temps d’étalage des copeaux est d’une bonne heure, ensuite, pendant 10 jours, j’économise 20 minutes par jour de temps de paillage.
Je cure une fois au milieu de l’hiver, puis en fin d’hiver. Le tas de fumier est mis en bout de champ puis composté une fois avant épandage pour favoriser sa décomposition. Le fumier est plus riche en potasse, plus riche en azote qui est mieux retenu dans les copeaux et il apporte nettement plus de matière organique que le fumier classique. »
 
 
 
 

LA GESTION DES LITIÈRES EN BÂTIMENT pour le cheptel allaitant est un point important à maîtriser pour diverses raisons : 

  • Sanitaires : l’hygiène du milieu est essentielle pour le confort des animaux et leur bonne santé. Une mauvaise gestion de la litière pourrait entraîner diverses pathologies dans l’élevage et , de fait, engendrer des pertes économiques importantes.
  • Qualité des effluents produits : elle est essentielle pour assurer un apport organique optimal aux surfaces fourragères et céréalières.

L’ÉCHAUFFEMENT DES LITIÈRES est dû à la prolifération des bactéries fécales dont le développement est favorisé par quatre facteurs concomitants : nutriments, oxygène, humidité et chaleur. Si l’un de ces éléments manque, la prolifération bactérienne, comme les coliformes (Escherichia coli, Klebsiella…) et les streptocoques (streptococcus uberis, streptocoques fécaux…) est contrariée. Les bactéries concernées étant d’origine intestinale, leur optimum de développement se situe entre 37 et 40 °C. Sur une population microbienne variée, comme celle d’une litière contaminée par les matières fécales, la température agira en sélectionnant les espèces en fonction de leur optimum thermique avec une accélération ou un ralentissement du développement global.


Ce développement bactérien peut être à l’origine de pathologies parfois graves pour les veaux :

  • Maladies néonatales comme l’omphalite (infection du cordon), diarrhées.
  • Maladies respiratoires par excès d’ammoniac dans l’environnement provoquant des irritations des voies respiratoires et des surinfections.
  • Maladies podales amplifiées par des litières humides. Une litière souillée va limiter fortement le temps de couchage des animaux et accentuer les pathologies podales.

QUELS INDICATEURS SURVEILLER POUR LA BONNE GESTION DE LA LITIÈRE ?

  • La température de la litière est l’indicateur le plus pertinent pour en maîtriser sa qualité. Elle ne doit pas excéder 30°C en surface et 40°C à 10 cm de profondeur. Si c’est le cas, la flore microbienne non favorable va se développer en faveur d’une flore microbienne positive. Le curage est donc préconisé !
  • La teneur en ammoniac de l’environnement est un indicateur à surveiller, mais difficile à mesurer (outils spécifiques). Cependant, l’odorat de l’éleveur est suffisant pour en juger.
  • La quantité de paillage : il est préférable de réaliser un apport de litière régulier (quantité à adapter selon le type de bâtiment) afin d’obtenir une litière compacte évitant la surchauffe. Attention, l’excès de paillage (supérieur à 1 kg/m2) limite un bon tassement (air présent entre les couches) et peut générer une surchauffe de la litière et le développement d’une flore défavorable.
  • La ventilation du bâtiment joue un rôle important dans la maîtrise de la litière. Une bonne ventilation permet de réduire l’humidité ambiante et d’évacuer les émanations d’ammoniac. 

Lorsque les indicateurs sont en dehors des normes, le curage permet d’assainir et de repartir sur un sol sain.


En général, c'est la litière de paille qui est privilégiée. Si la paille a fait ses preuves en termes de qualité de litière pour les bovins, sa fourniture devient de plus en plus concurrentielle et lors d’années à faible rendement en paille, son prix peut augmenter. Son approvisionnement présente parfois des contraintes importantes en termes d’autonomie (surface en céréales disponibles sur l’exploitation), de travaux, de stockage… 

 

Quelles sont les alternatives à la paille de céréales ? 

La paille reste aujourd’hui le principal support utilisé pour la litière des ruminants. Mais depuis plusieurs années, du fait d’épisodes de sécheresse, de l’évolution des assolements (moins de céréales à paille) la quantité de paille disponible peut être réduite et son prix à tendance à augmenter, induisant une charge parfois conséquente sur les élevages.

 

D’autre part, de nombreux éleveurs installés dans des zones à forte dominante herbagère sont obligés d’aller presser et récolter la paille en andain dans les zones céréalières situées parfois à plus de 50 km de leur exploitation. La paille peut représenter un coût significatif, qu'il soit direct (achat en andain ou en bottes livrées) ou indirect (frais liés à la presse, à la ficelle et au transport). De plus, sa gestion est chronophage, mobilisant parfois 2 à 3 semaines de travail. Pour économiser ce temps passé au pressage et au transport, certains se font livrer la paille par camion engendrant des charges conséquentes de plusieurs milliers voire dizaines de milliers d’euros.

Pour pallier ces inconvénients, différents produits existent et peuvent représenter une alternative à la paille, avec leurs avantages et inconvénients techniques ou économiques. 


Il existe des alternatives de litières organiques comme le copeau de bois, la sciure, le miscanthus. Elles ont l’avantage d’être filtrantes et peu coûteuses (copeaux issus des tailles de l’exploitation) mais peuvent chauffer assez facilement. Cf. témoignage de Vincent PICARD.


Il existe aussi la litière minérale comme la dolomie, un sable calco-magnésien, qui aura une capacité asséchante et qui ne chauffera pas. La dolomie aura également la capacité d’enrichir la litière organique en éléments neutralisant afin d’entretenir le pH des surfaces qui recevront le fumier. Cf. témoignage de Didier TOUILLON.

 

u COPEAUX DE BOIS

 

De l’essence utilisée, de l’humidité du bois, de la taille des copeaux dépendent la qualité et la tenue de la litière. Les copeaux peuvent être obtenus de la taille des haies et de l’entretien des espaces boisés. Pour garantir un produit sec et sain, il doit être stocké sous un bâtiment bien ventilé pendant au minimum 4 mois. 

Ils présentent de multiples avantages : 

  • Une litière portante, bien drainée et sèche, limitant la prolifération de pathogènes,
  • Une bonne neutralisation des odeurs,
  • Un faible développement bactérien,
  • Peu de problèmes sanitaires (gros nombril, boiteries...).

Bien qu’il soit possible d’employer purs les copeaux, il est préférable de les mettre en sous-couche (15 à 20 cm), avec de la paille au-dessus. Le pouvoir drainant et absorbant des copeaux (supérieur à celui de la paille)  permettra de renouveler moins souvent la paille. Pour indication, la taille idéale des copeaux se situe autour de 20 mm et il faut compter entre 4 et 6 mois de séchage avant utilisation.

 

Souvent, une utilisation mixte avec de la paille :


Après 4 à 5 semaines d’utilisation de copeaux, répartis sur 15 à 20 cm, un paillage complémentaire limité à 6 kg de paille par couple mère/veaux peut avoir lieu.


Un apport intermédiaire de copeaux peut avoir lieu une à deux fois au cours de l’hiver notamment sur les zones plus sales (derrière le quai par exemple).


Les essais réalisés au sein de la ferme expérimentale Ferm’Inov ne montrent pas de dégradation du bien-être animal (pas de boiterie, maintien des zones de couchage, propreté...), cependant les résultats sont très liés à la qualité des copeaux et de leur conservation (temps de séchage, calibre, stockage...).


Le fumier, généralement composté et constitué d’un mix entre copeaux et paille, ne pose pas de problèmes agronomiques majeurs (même s’il faut surveiller dans certains cas l’acidification des sols ou une mobilisation de l’azote lors de la dégradation de la lignine).


L’utilisation de copeaux demande une technicité importante et il faut signaler qu’une situation trop dégradée (litière humide) ne sera souvent rattrapée que par un curage complet.

 

Quels avantages/inconvénients ?


Avec l’utilisation de copeaux, le temps d’astreinte est généralement réduit durant l’hivernage, mais l’intérêt économique dépendra généralement du prix de la paille et donc de sa disponibilité. Le prix d’équilibre semble se situer autour de 100 €/tonne de paille rendue avec un prix par m3 de la plaquette qui ne doit pas dépasser les 20 €/m3 rendus.


L’approvisionnement peut se faire en autoproduction afin de revitaliser son linéaire de haies quand il est suffisant ou par un achat direct (dans certaines conditions favorables comme lors d’une faible disponibilité en paille).


À titre d’exemple, pour un atelier de 90 vaches allaitantes (ventes de broutards), avec un parcellaire à 80 % constitué de prairies, un potentiel de production de 150 mètres cubes est envisageable.


Enfin, le niveau de dépendance à la paille peut baisser de 30 à 50 % dans des systèmes à ressources alternatives, mais à condition d’être doté d’une ressource bocagère cohérente (maitrise des coûts de production des copeaux et disponibilité). 

 

u  LE MISCANTHUS


Le miscanthus convient également parfaitement à un usage en litière pour l’élevage bovin. Il est principalement utilisé sous la forme de copeaux de 10 à 40 mm. Il a un pouvoir absorbant 3 fois supérieur à la paille de blé ce qui lui donne un intérêt important : sa capacité d’absorption permet de garder les animaux propres sur une litière sèche qui reste aérée et qui ne chauffe pas. Cette absorption diminue aussi la formation d’ammoniac et assure une ambiance plus saine.


La litière de miscanthus est homogène et facile à manipuler mécaniquement. Elle est très efficacement utilisée en aire paillée.


L’implantation de miscanthus est certes coûteuse (plus de 3000 €/ha) mais s’amortit sur de nombreuses années (jusqu'à 20 ans). Attention, compte tenu de sa structure sous forme de rhizomes, il peut être difficile d’entretenir ces parcelles sans une action chimique ciblée.

A terme on peut espérer 10 à 15 T de MS/an mais les premières années ne produisent pas pleinement. Les conditions humides et chaudes sont favorables à son développement. La récolte se réalise au printemps, à l’aide d’une ensileuse à bec “classique”. D’un point de vue agronomique, cette plante est peu exigeante en azote mais des épandages de matières organiques sont possibles (fumier, lisier...).

 

Enfin, la coupe doit être réalisée à environ 20 cm de hauteur afin de permettre une bonne reprise en végétation.

 

u  LA DOLOMIE

 

On peut l’utiliser en pur, mais pour des bovins allaitants, la combinaison la plus rentable est de la placer sous de la paille.

 

Ce sable calco-magnésien présente plusieurs intérêts :

  • Étant minérale et non organique, c’est une litière qui n’est pas sujette à la chauffe.
  • De granulométrie fine, et avec un taux de matière sèche de 93 %, elle a un fort pouvoir absorbant et séchant. Cela permet d’économiser entre 30 et 50% de paille.
  • Naturellement de pH élevé (entre 8 et 9), elle lutte contre l’acidification de la litière, contribuant ainsi au bon état sanitaire du bâtiment puis à l’obtention d’une fumure de haute qualité (10 à 12 cm de dolomie sous 30 à 50 cm de paille).
  • Elle est relativement bon marché.
 
 
 
 
 
 
 
 
 

 

Votre contact à la Chambre Régionale :

Mickaël LARDENOIS - Chargé de mission Elevage - mickael.lardenois@bfc.chambagri.fr - 06 75 67 62 85

Chambre Régionale d’Agriculture Bourgogne Franche-Comté
1, rue des Coulots - 21110 Bretenière
 / 
12 rue de Franche Comté -25480 Ecole Valentin

Crédit Photos : ©Chambres d'agriculture BFC

 

Suivez-nous sur les réseaux sociaux :

    
 
Téléchargez les images
 
S'abonner | Engagements de confidentialité
 
Sendethic, le facilitateur du marketing en ligne.